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REFLECHIR AUTREMENT

  • Photo du rédacteur: Marcellus Développement
    Marcellus Développement
  • 13 juil.
  • 5 min de lecture

Si l'objectif est de produire du paulownia de qualité planches ou déroulage, il est utile de changer complètement de manière de raisonner. Pendant longtemps, les plantations ont été conçues en fonction du nombre d'arbres par hectare (400, 500 ou 600 arbres/ha).

Or, pour produire des grumes de très gros diamètre, ce critère devient secondaire.

Le facteur réellement déterminant est la surface de houppier disponible pour chaque arbre.

En effet, le tronc ne produit pas le bois par lui-même. Le bois est fabriqué grâce aux sucres issus de la photosynthèse réalisée par les feuilles. Plus un arbre possède un houppier vaste, bien éclairé et actif, plus il dispose d'énergie pour épaissir son tronc.

Les forestiers résument souvent cette relation par une phrase simple :

Le diamètre suit le houppier.

Autrement dit, la croissance en diamètre dépend directement de la taille et de la vitalité de la couronne.


Pourquoi les plantations denses plafonnent


Prenons l'exemple classique d'une plantation à 5 × 5 m, soit 400 arbres/ha.

Au cours des premières années, les houppiers sont indépendants. Chaque arbre bénéficie d'un ensoleillement complet et la croissance est très rapide.

Mais après quelques années, les houppiers se rejoignent.

À partir de ce moment :

  • les branches basses disparaissent par manque de lumière ;

  • la couronne cesse de s'étendre ;

  • la surface foliaire par arbre n'augmente plus ;

  • la quantité d'énergie disponible pour fabriquer du bois diminue.

L'arbre continue généralement à gagner en hauteur, mais sa croissance en diamètre ralentit fortement. C'est ce phénomène qui explique pourquoi de nombreuses plantations semblent plafonner autour de 30 à 35 cm de diamètre, même si elles restent en place plusieurs années supplémentaires.


Il faut raisonner en surface de houppier

Plutôt que de dire :

« Je veux 400 arbres par hectare »,

il est plus pertinent de dire :

« Je veux que chaque arbre dispose d'un houppier suffisamment grand jusqu'à la récolte. »

Quelques exemples permettent de comprendre.

Un houppier de 8 m de diamètre représente environ 50 m² de surface projetée. Cela correspond à une densité proche de 200 arbres/ha.

Un houppier de 10 m de diamètre représente environ 78 m². On descend alors vers 125 arbres/ha.

Un houppier de 12 m de diamètre dépasse 110 m², soit moins de 90 arbres/ha.

Ces valeurs ne sont pas des règles fixes, mais elles illustrent une idée essentielle : plus l'on veut produire des arbres de gros diamètre, plus chaque arbre doit disposer d'espace pour conserver un houppier développé.


Pourquoi cela est particulièrement important pour le déroulage

Le marché du déroulage ne rémunère pas seulement le volume de bois.

Il recherche avant tout :

  • des diamètres importants ;

  • un fût parfaitement droit ;

  • peu ou pas de nœuds ;

  • une croissance régulière.

Un arbre qui conserve un grand houppier jusqu'à 12 ou 15 ans continue souvent à produire plusieurs millimètres de rayon chaque année.

À l'inverse, un arbre dont le houppier est comprimé peut voir sa croissance radiale devenir très faible, même si sa croissance en hauteur continue.


La stratégie des éclaircies est souvent présentée comme la solution…


Une stratégie fréquemment proposée consiste à planter très dense (par exemple 600 à 800 arbres/ha), puis à réaliser une ou plusieurs éclaircies.

A mon avis, sur le papier, cette approche paraît logique

  • les arbres restent bien droits grâce à la concurrence

  • on retire progressivement les moins bons sujets

  • les meilleurs disposent ensuite de davantage d'espace.

Mais, dans le cas du paulownia destiné au déroulage ou à l" obtention de planches de qualité, cette stratégie présente un inconvénient économique majeur.


…mais les éclaircies sont souvent anti-économiques


Les arbres retirés lors des premières éclaircies ont généralement un diamètre faible.

Or ces petits bois :

  • trouvent difficilement un débouché rémunérateur

  • sont peu recherchés par les scieries

  • ont une faible valeur pour le déroulage

  • sont souvent valorisés uniquement en bois énergie ou en produits de faible valeur.

Dans le même temps, le coût de l'éclaircie est élevé :

  • abattage

  • façonnage

  • débardage

  • transport.

Dans de nombreux cas, le coût de l'exploitation dépasse la valeur du bois récolté.

Autrement dit, le propriétaire peut payer une opération sylvicole qui ne génère pratiquement aucun revenu.

C'est pourquoi certains producteurs considèrent que les éclaircies sur paulownia sont anti-économiques, sauf si elles permettent de commercialiser des produits ayant déjà une réelle valeur marchande.


Une autre approche : planter directement à la bonne densité


Si l'objectif est clairement identifié dès le départ — produire des grumes de gros diamètre destinées au déroulage ou en planches de qualité, il peut être plus rationnel de planter directement avec un espacement adapté à cet objectif.

Cette stratégie présente plusieurs avantages :

  • suppression du coût des éclaircies

  • maintien d'un houppier développé pendant toute la rotation

  • croissance en diamètre plus régulière

  • gestion simplifiée

  • concentration des investissements sur un nombre réduit d'arbres de haute valeur.

La réussite repose alors sur une taille de formation très soignée afin d'obtenir des fûts parfaitement droits malgré une concurrence plus faible.


Une logique proche de l'arboriculture

Cette façon de raisonner rapproche davantage la culture du paulownia de celle d'un verger que de celle d'une forêt traditionnelle.

L'objectif n'est plus de maximiser le volume produit par hectare, mais de maximiser la valeur de chaque arbre.

Si une grume de 50 à 60 cm de diamètre destinée au déroulage vaut plusieurs fois le prix d'une grume de 30 cm, il peut être économiquement préférable de produire moins d'arbres, mais de très haute qualité, plutôt qu'un plus grand nombre d'arbres moyens dont la valorisation restera limitée.


Toutes les variétés de paulownia n'ont pas le même houppier


Un point souvent négligé est que le comportement du houppier varie fortement selon la variété, l'espèce ou l'hybride choisi.

Deux paulownias plantés dans les mêmes conditions peuvent avoir des architectures très différentes :

  • certains développent un houppier large, étalé, avec de grosses branches horizontales ;

  • d'autres ont un port plus vertical, avec une couronne plus compacte ;

  • certains ont une forte dominance apicale et produisent facilement un fût long ;

  • d'autres ramifient davantage et nécessitent davantage de travail de formation.

Ces différences sont déterminantes pour choisir l'espacement.

Par exemple :

  • une variété à houppier très large nécessitera davantage d'espace pour maintenir sa croissance en diamètre ;

  • une variété à houppier plus compact pourra supporter une densité légèrement supérieure ;

  • une variété très vigoureuse peut fermer son couvert beaucoup plus rapidement qu'une autre et atteindre plus tôt une situation de concurrence.

Il est donc risqué d'appliquer un schéma universel du type « 5 × 5 m pour tous les paulownias ».

Avant de choisir la densité, il faut connaître :

  • le diamètre adulte probable du houppier ;

  • la vitesse d'expansion de la couronne ;

  • la longueur du houppier vivant ;

  • la capacité naturelle à produire un fût droit ;

  • la vigueur racinaire et foliaire de la variété.

Le choix de la variété doit donc se faire en fonction du système de plantation prévu, et non l'inverse.



En résumé, pour le paulownia destiné au déroulageou à la production de planches de qualité, le critère clé n'est pas le nombre d'arbres à l'hectare mais la capacité de chaque arbre à conserver un houppier ample et fonctionnel jusqu'à la récolte. Les plantations trop denses favorisent certes la rectitude des fûts au départ, mais elles conduisent souvent à un ralentissement de la croissance en diamètre. Quant aux éclaircies, elles peuvent corriger partiellement ce problème, mais elles sont fréquemment peu rentables car les petits bois retirés ont une faible valeur marchande alors que leur exploitation reste coûteuse. C'est pourquoi une plantation directement adaptée à l'objectif final mérite d'être sérieusement envisagée lorsqu'on vise un marché à forte valeur ajoutée comme le placage déroulé.

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